L’étrange Noël de Monsieur Jack est un des longs- métrages les plus représentatifs de l’œuvre de Tim Burton. Un mélange de noir et blanc, de couleurs, de musiques, et de choses fantastiques. Le décor est tout à fait exceptionnel, dans ses formes un peu arrondies, et recourbées. La musique accompagne a merveille les dessins, langoureuse dans la complainte de jack, et beaucoup plus vive et entraînante dans le titre très célèbre de « Que vois je ? ».
On remarque certaines similitudes avec le film d’Edward aux mains d’argent, par exemple dans ce parallèle de noirs et blancs et de couleurs, d’obscurité et de lumière qui marque la frontière entre deux mondes. Deux mondes que tout oppose, comme l’incarnation du bien et du mal, et qui ont des pratiques différentes.
Comme dans beaucoup d’autres de ces œuvres, Tim Burton nous fait part d’un monde de conte de fée hors du commun, avec des créatures étranges, des couleurs, et des musiques sublimes. Il nous plonge dans un tout autre univers, avec des cimetières arrondis, des stèles sur les collines, et une lune qui semble pendue dans le ciel, comme un tableau qui illumine la nuit de sa lumière profonde. La forêt est remplie d’arbres immenses, comme un long couloir sans fin, et la cité de noël, resplendie de guirlandes colorées, et d’une neige étincelante.
Le personnage de Jack a un côté étrangement humain, et expressif, alors qu’il est dépourvu d’yeux, et que son corps est svelte et allongé. Ce physique très particulier le rend en fait beaucoup plus vivant, et on croit parfois percevoir l’émotion à travers ces yeux. Sa faculté aussi de passer d’un visage innocent à un visage effrayant est des plus fascinantes.
Le personnage de Sally ressemble à une vieille poupée de chiffons rapiécée. Elle incarne en fait l’image de l’œuvre de Mary Shelley, « Frankenstein », la marionnette de son créateur, qui croit détenir un pouvoir et un droit de propriété sur elle. Or une fois qu’un être est vivant, il a le droit à l’unicité, a cette individualité qu’on tous les êtres sur terre, a la liberté d’action. Personne ne peut diriger sa vie à sa place, et cette notion est prouvée à l’intérieur même du film, chaque fois que Sally tente encore, et encore de s’enfuir, en essayant de trouver un autre moyen de détourner l’attention de son créateur. Cette ténacité montre que personne ne peut se résoudre à rester enfermé, sans rien voir du monde, qu’il existera toujours cette force qui nous conduit a ne jamais renoncé. C’est finalement cet acharnement qui la fera triomphé, et se montrer plus astucieuse et malicieuse que son propre maître.
Les deux mondes semblent être dans un état de fête permanent. C’est dans cet aspect que l’on rejoint le conte, car ce sont deux mondes qui incarnent l’esprit de Noël et d’Halloween comme deux mondes parfaitement distincts. Dans la cité de noël, le paysage est toujours recouvert de neige et garni de guirlandes, et dans celui d’Halloween, les allées sont pavées, les châteaux grisâtres et délabrés, et des monstres courent dans les rues. La morale finale repose sur le fait que chaque chose doit rester à sa place, et que les coutumes et les fêtes ne doivent pas se mélanger entre elles.
Personne ne pourra persuader Jack de stopper son projet, c’est lui qui devra prendre conscience de sa propre folie. Une des scènes finales, ou son corps est étendu entre les bras d’un ange de pierre évoque l’image que Jack n’est pas réellement responsable de ce qui s’est produit, et que son intention n’était pas mauvaise. Cela exprime encore une fois le bien face au mal, et la flamme qui brûle représente la flamme qui se réveille dans le cœur de Jack, et il crit : « je me sens comme celui d’antan ».
La scène finale se termine dans le décor ou tout a commencé, dans ce vieux cimetière, avec des dunes et des vallées, et plus loin, sur la pointe, le rond de la lune scintillant. Jack rejoint Sally, et le film se clôt comme une comédie musicale, ou une superbe conte de fée. Il s’avance doucement vers elle en chantant, et sa voix se raccorde à la sienne, et leurs mains se rejoignent, réalisant le bonheur qui était a portée de main : « Car la lumière d’un amour éternel est vraiment la plus belle. » et cette phrase s’accordant a la lumière de la lune, qui semble justement, éternelle…